Vivre un deuil périnatal bouleverse tout : le corps, le cœur, les projets, et parfois même la façon de se percevoir en tant que parent. Lorsque l’envie d’un nouvel enfant revient (doucement ou avec force) elle s’accompagne souvent d’une montagne d’émotions contradictoires.
Entre espoir, peur, culpabilité, joie fragile et souvenirs omniprésents, la grossesse qui suit un deuil périnatal n’a rien d’une grossesse “comme les autres”.
Qu’est-ce qu’un bébé arc-en-ciel ?
On appelle “bébé arc-en-ciel” un enfant conçu ou né après la perte d’un bébé : fausse couche tardive, interruption médicale de grossesse, mort fœtale in utero, décès néonatal…
Le terme symbolise parfaitement ce que vivent les parents :
- la tempête, d’abord : douleur, injustice, absence, souvenirs lourds
- puis l’arc-en-ciel, fragile et lumineux à la fois : une promesse d’espoir après l’orage
Mais un arc-en-ciel n’efface jamais la pluie. Il coexiste avec elle.
C’est ainsi que beaucoup de parents vivent cette période : une rencontre entre la joie et la peine.
Une grossesse marquée par une intensité émotionnelle unique
Même lorsque les examens sont rassurants, la peur s’invite souvent à chaque étape : prise de sang, échographie, symptômes qui disparaissent, mouvements qu’on attend…
Cette anxiété est normale : le corps et le cœur ont connu un traumatisme, et ils cherchent à se protéger.
La culpabilité, une émotion fréquente… mais méconnue
Beaucoup de parents témoignent d’une culpabilité diffuse :
- culpabilité d’être “heureux à nouveau”
- culpabilité d’avancer
- culpabilité de craindre d’oublier le bébé perdu
Cette culpabilité n’a rien d’irrationnel : elle est le signe d’un lien profond, encore présent et précieux.
La joie, fragile, mais bien réelle
Elle revient souvent en douceur : un premier petit vêtement acheté, une échographie rassurante, un prénom auquel on commence à penser…
Une joie parfois timide, parfois intense, mais jamais simple.
Comment vivre une grossesse après un deuil périnatal ?
Chaque personne vie son deuil périnatal différemment et il n’y a pas de solution parfaite. Plusieurs solutions sont néanmoins courantes :
S’entourer d’une équipe médicale à l’écoute
Il est important de choisir ou de demander :
- un·e gynécologue ou sage-femme sensibilisé(e) au deuil périnatal
- un suivi plus rapproché si cela rassure
- une écoute réelle des inquiétudes, même celles qui semblent “excessives”
Certaines maternités proposent même des parcours dédiés aux grossesses à enjeux émotionnels.
Créer un espace de parole : indispensable
Parler aide à apaiser le cœur. Selon les besoins :
- un psychologue spécialisé en périnatalité
- un groupe de parole
- une association de soutien
- des consultations de couple
Exprimer ses peurs évite qu’elles ne prennent toute la place.
Inclure le bébé perdu dans la nouvelle histoire
Ce n’est pas “tourner la page”. C’est accepter que la page précédente fait partie du livre.
Ce geste peut être simple :
- parler de lui
- garder ou créer un souvenir
- allumer une petite bougie certains jours
- placer une photo discrète dans la chambre des parents
Chaque famille fait comme elle le sent, avec douceur et avec le temps qu’il faut.
Se protéger émotionnellement
Certaines situations peuvent être difficiles à vivre. Il n’est pas toujours possible de les éviter et il faut malheureusement faire avec :
- annonces de grossesse autour de soi
- échographies qui réveillent des souvenirs
- dates anniversaires
S’autoriser à dire non, à s’éloigner, à se préserver quelques jours est un geste de soin, pas un signe de faiblesse.
Se reconnecter à son corps
Après un deuil, on peut ne plus totalement faire confiance à son propre corps.
Quelques pratiques douces aident à retrouver un lien apaisé :
- sophrologie ou relaxation
- yoga prénatal
- massages adaptés
- respiration profonde
- marcher au calme
Ces moments permettent de revenir à soi, loin du tumulte mental.
Et pour l’autre parent ?
Le parent non-gestant vit souvent les choses différemment, mais ce n’est pas pour autant que la douleur est moins vive :
- un rôle de soutien permanent
- une peur silencieuse
- la difficulté de trouver sa place entre protection et propre chagrin
Il est essentiel qu’il puisse, lui aussi, exprimer ses émotions. Une nouvelle grossesse se vit à deux cœurs, deux rythmes, deux vécus.
Préparer l’arrivée du bébé arc-en-ciel
Accepter que l’attachement peut prendre du temps
Certains parents se sentent proches du bébé très tôt ; d’autres n’osent pas s’attacher avant un certain stade, par peur de souffrir à nouveau.
Les deux façons de vivre les choses sont normales.
S’autoriser la joie
Elle n’est pas une trahison.
Elle est une continuité, un nouvel élan, une lumière qui ne remplace rien… mais qui apaise.
Penser l’avenir, petit pas par petit pas
Préparer la chambre, choisir un prénom, imaginer la suite…
Ces gestes peuvent être faits progressivement, sans pression, selon ce qui semble juste.
Un arc-en-ciel n’efface pas l’orage, mais il lui donne un sens
La grossesse après un deuil périnatal est un chemin rempli de paradoxes :
on avance avec prudence, on espère intensément, on se protège, on pleure parfois, on sourit souvent… et on se reconstruit, à son rythme.
Chaque bébé arc-en-ciel porte en lui une histoire riche, profonde, unique.
Il n’est pas une “réparation”, ni un remplaçant.
Il est un nouveau chapitre, écrit avec tendresse et courage par des parents qui ont traversé la tempête.
